mardi 19 mai 2015

Mais tu sais quoi ? On s'en relèvera !



C'était il y a environ deux ans maintenant.
Après presque 7 ans de bons et loyaux services comme on dit.
Après surtout des mois (voire des années) de supplice en vérité.
Travailler n'a jamais été le problème en fait.
Travailler dur même, quand il le fallait.
Non, le problème, c'était ELLE.
Celle pour qui je devais travailler.
Celle pour qui j'étais plus un cible qu'un bouclier pourtant.
Elle, je crois qu'elle m'a à peu près tout fait.
Il y a eu les phrases cyniques.
Sur mes tenues, sur mon travail, sur ma famille, et même sur mes enfants.
Il y a eu des remarques vraiment blessantes ensuite, quand le cynisme ne lui suffisait plus.
Il y a eu les humiliations.
Il y a eu les cris plus tard.
Les recadrements musclés.
Dans son bureau, ou parfois dans le mien.
Devant mon équipe au besoin (SON besoin).
Il y a eu les mises à l'écart.
Les refus de confiance.
Les remises en question systématiques.
De mes capacités, de mes idées, de mes décisions.
De ma personnalité ensuite.
De ma façon d'être toute entière.
Au final, mais je ne l'ai compris que trop tard, il y a eu une remise en question de mon existence même.
Je la dérangeais.
Je ne sais pas pourquoi, et je ne le saurai probablement jamais.
Mais je la dérangeais, ça c'était certain.
J'essayais de comprendre, j'essayais de la satisfaire, de la rassurer.
Les mois passant, je m'étiolais.
J'ai pris sur moi, pris sur moi, pris sur moi.
J'ai utilisé ma capacité à encaisser, ma capacité à m'adapter, ma capacité à surmonter.
Mais je n'étais pas équipée.
La sensibilité ne connaît pas d'armure.
Je n'avais pas les bonnes armes pour me défendre, pas les bons outils pour lutter.
J'ai commencé à mal dormir.
J'ai commencé à être tendue, mal, stressée.
J'ai commencé à bosser plus.
Le jour, la soir, la nuit.
Pour tenter de lui montrer mes capacités.
Et puis, petit à petit, j'ai perdu la faculté de me concentrer.
J'étais là mais j'étais ailleurs.
J'étais perdue, j'étais nouée.
Aller au bureau commençait à m'angoisser.
Heureusement, il y avait ce contrat que j'avais négocié.
Trois jours de télétravail.
Une bénédiction pour moi, vu la femme pour qui je travaillais.
C'est ce qui m'a perdue, c'est aussi ce qui m'a sauvée.
Je n'aurais jamais tenu 7 ans en étant réellement à ses côtés.
Et puis il y a eu ce gros craquage un mois de juin où je m'étais écroulée.
Quinze jours entiers à pleurer.
Je ne comprenais pas ce qui m'arrivait.
Pas encore.
Une grosse fatigue tout au plus.
C'est ce que j'ai décidé, parce que le déni me tenait.
Je me suis retapée.
Et j'y suis retournée.
Six mois plus tard, le vernis a de nouveau craqué.
Les menaces commençaient à se faire plus précises.
Le licenciement était à demi mot évoqué.
La pression se resserrait.
Alors il y a eu ces semaines entières où j'ai décidé de tout tenter.
Tout pour faire entendre le climat qui régnait.
Tout pour faire comprendre que petit à petit elle allait nous étouffer.
Les DG, DRH, les DP, tous les sigles de la boîte y sont passés.
A toutes les portes, à tous les coeurs, partout j'ai tenté de frapper.
On ne m'a pas entendue, même si on m'a vaguement écoutée.
On a parfois même pris le parti de m'aider.
Ou du moins on a voulu tenter.
Et puis elle est passée par là.
A chaque fois.
Et évidemment, à chaque fois, elle a gagné.
On ne se bat pas contre la numéro deux de la boîte en espérant l'emporter, sauf si on est fou ou arriéré.
J'étais peut être un peu les deux ...
J'y ai cru un temps.
"Pour de vrai" comme disent les enfants.
Et puis j'ai vu tout le monde petit à petit me lâcher.
J'ai vu les derniers remparts s'effondrer.
A ce moment là, les recommandés ont commencé à affluer.
Les menaces de licenciement n'étaient plus si feutrées.
Je tentais de me défendre.
En bonne juriste, je rétorquais, je contrais, je tenais.
Avec les conseils précieux de quelques amis avisés.
Je luttais tant bien que mal.
Mais plus mal que bien il est vrai.
J'avais maigri.
J'avais le teint cireux, les cernes creusées.
L'étincelle dans mes yeux s'était peu à peu étouffée.
Jusqu'à cette fameuse semaine de janvier.
Où trois jours de suite, je suis rentrée du bureau en larmes.
Où trois jours de suite, j'ai lutté pour sortir de mon lit et y retourner.
Je voulais encore me battre, je voulais encore essayer.
Je croyais encore naïvement que je pourrais les convaincre qu'ils se trompaient.
Que j'étais un bon élément, une fille sérieuse, avec de bonnes idées.
Foutaises.
De tout cela, rien pour eux n'importait.
Ils voulaient juste ma tête.
Ma tête sur un plateau pour qu'Elle soit enfin comblée.
A la fin du troisième jour, mon homme s'est interposé.
Il m'a interdit d'y retourner.
Il m'a obligée à consulter.
Le médecin que j'ai vu m'a parlé de dépression, de médicaments, de me faire aider.
Me faire aider ?
Pour un simple problème de boulot ?
Je n'arrivais pas à l'admettre ni à l'encaisser.
J'ai refusé les médicaments.
Ou plutôt j'ai dit OK mais je ne les ai jamais avalés.
A bout de forces, j'ai obtempéré quand ma presque soeur m'a obligée à appeler un avocat qu'elle connaissait.
J'ai pris un rendez vous.
Mais je l'ai annulé.
Je n'arrivais plus à réfléchir, j'étais tellement perdue, tellement engluée ...
Heureusement, j'ai repris date avec cet homme, qui m'a littéralement sauvée.
En moins de trois mois, comme il me l'avait annoncé, il m'a sorti des griffes de cette entreprise, et de cette supérieure hiérarchique névrosée, de cette perverse narcissique désaxée.
J'avais préparé mon dossier, j'avais obtenu quelques preuves, quelques faits.
Mais ce qui m'a sauvée au fond je crois, c'est que tout le monde savait.
Et que si le DG ne voulait pas l'affronter, il ne supportait pas beaucoup mieux de me voir dépérir sous son nez.
La DRH m'avait de son côté bien expliqué. Cette femme avait une excuse, il me fallait l'accepter : "et oui, vous comprenez, dans sa vie, personne ne lui avait jamais rien refusé ! Personne ne lui avait appris la politesse, ou le respect. Alors de quel droit aujourd'hui je venais les lui demander ? Elle avait eu une enfance difficile, une enfance vraiment dure vous comprenez ? Mais oui, en fait, c'est difficile d'être trop gâtée !"
Ce jour là, par un miracle que je ne m'explique toujours pas, je n'ai pas répondu sur ce sujet.
Je n'ai pas joué la carte de "Viens je te raconte mon enfance aussi on va voir, au jeu du moins chanceux, qui va gagner" !
J'ai quelques cartes en mains, si tu me lis, tu le sais.
Mais j'ai tenu bon.
Ma bouche est restée fermée.
Lorsque l'avocat a entendu tout cela, il s'est décomposé.
Le mépris, les menaces, les brimades, il était habitué.
Mais la DRH qui te demande de te laisser maltraiter parce que ça soulage un tyran assumé, ça je crois que ça l'a quand même ébranlé.
Il m'a tirée de là, il m'a totalement drivée, il a pris les commandes et j'ai pu enfin me reposer sur quelqu'un qui gérait pour moi tout ce merdier.
Quelques semaines plus tard, c'était fini.
J'étais licenciée.
Rupture conventionnelle il est vrai.
Et le médecin, inquiet, m'avait suggéré d'aller consulter.
Pour faire mon deuil.
Pour me remettre.
Pour y retourner.
Pas dans cette boîte, non.
Mais dans une autre.
J'ai passé des heures à y penser, à y repenser.
Et j'ai refusé.
J'ai décidé de m'écouter.
De m'autoriser.
De me donner la liberté qui m'avait si souvent manqué.
J'étais une bonne juriste mais une juriste qui étouffait.
Dans un costume dans lequel je me sentais déguisée.
Mais pourquoi avoir choisi cette voie alors ?
Tu as raison de le demander.
Pourquoi la fac de droit ?
Parce que quand j'avais 17 ans, ma mère était déjà totalement paralysée.
Elle ne parlait plus, ne mangeait plus, une sonde nasogastrique l'alimentait.
Je changeais ses couches.
Je la soignais.
Je veillais sur elle comme sur un nouveau né.
Mêmes problématiques ironiquement quand j'y pensais.
Alors partir ?
Suivre mon chemin ?
Réaliser mes rêves ?
Et quoi, la laisser ???
Je ne pouvais même pas l'envisager.
Alors j'ai pris un parti : celui de rater mon bac.
Je n'ai rien appris, rien révisé.
Mais je l'ai eu quand même.
J'avais raté mon bac raté ...
Il ne me restait plus qu'une solution pour ne pas trop m'éloigner.
La fac de droit dans la ville d'à côté.
Les dés étaient jetés.
J'ai rempli le formulaire d'inscription après avoir eu mon bac début juillet.
Et ma mère est morte le 22 septembre de cette même année.
Juste avant la rentrée.
Je n'ai pas trouvé la moindre force en moi pour remettre en question les choix (même mauvais) que j'avais faits.
Et je suis devenue juriste.
Et j'ai même aimé apprendre le droit, puis l'enseigner.
J'ai aimé cette rhétorique, cette réflexion, cet esprit très "carré".
Jusqu'à ce licenciement.
Jusqu'à ce point de non retour en fait.
A ce moment là, assise sur mon canapé à me demander quoi faire de ma vie, j'ai enfin décidé.
J'ai décidé de décider.
Ca paraît facile, ça ne l'est pas tant que cela en fait.
Mais j'ai décidé d'entamer un nouveau chapitre de ma vie.
D'être dans la joie, dans l'envie, dans la créativité.
D'ouvrir les portes, les barrières, les volets.
De faire des photos, d'écrire, de chanter.
Et de coudre aussi.
Et de me former.
Ca fait deux ans maintenant que je mûris ce tout petit mais si joli projet.
Alors ce n'est pas sans une certaine émotion qu'aujourd'hui j'ai ouvert une petite page sur un réseau bien connu, et qu'enfin, enfin, je me suis lancée ...
Et ce n'est pas anodin si ce soir, j'ai eu envie de te le raconter ...

Crédit photo : Bob

samedi 16 mai 2015

Spring spirit !



Ca commence doucement.
Très doucement.
Au début, on peine d'ailleurs à percevoir le changement.
Car il est subtil c'est vrai.
Mais profond.
Et intense.
Il est là.
Il lui faut du temps pour s'imposer.
De la chaleur aussi.
De la lumière surtout.
Et un peu de force de vie.
L'écorce rêche et qui semblait abandonnée par tout espoir recommence à respirer.
La sève affleure, remonte, s'agite.
La vie renaît, s'impose, triomphe.
Et un à un, les tendres bourgeons apparaissent.
Ils sont le fruit d'une mécanique si bien rodée ...
Je les vois pousser et verdir chaque année.
Et c'est toujours la même émotion renouvelée.
Ils m'inspirent.
Une longue inspiration.
Une vraie respiration.
Ils portent en eux toute la beauté et l'espoir du monde.
Le printemps est la saison du changement.
Et cette année le symbole me convient je crois parfaitement.


Crédit photo : Bob

mardi 5 mai 2015

Tout est là, maintenant !



Oui, tout est là, maintenant !
Tu le vois ?
Tu le sens ?
Cours, vole, ne perds plus de temps ...
Ce que tu tiens dans tes mains est le plus beau des présents.
Le plus beau Présent tout court.
Il faut connecter ton coeur et ton âme à cette énergie.
Il faut te positionner dans cet instant.
Là, tout de suite, maintenant.
Pleurer un soir de blues et de manque, oui.
Mais sur une épaule aimante.
Parce que quoi ?
Tu le sais ou pas ?
Mais en fait c'est aussi ça, le bonheur !
C'est pouvoir partager ses moments de malheur.
C'est recevoir le cadeau d'une écoute, d'un soutien, d'un mot.
Réel ou virtuel.
Des liens qui se tissent.
D'autres qui se tassent.
Du lien en tous cas, tout autour du lien.
M'enraciner oui, mais dans le présent.
Le passé à posé des bases, mais tout le reste est dans mes mains.
Des temps forts.
Des efforts.
Le partage.
D'une tasse de thé ou d'un verre de vin.
Life is short.
Too short.
Le compte à rebours a commencé.
Depuis le tout premier jour en fait.
Alors il n'y a qu'une seule et unique chose à faire.
Je vais m'y employer, je me le promets.
De chaque minute, de chaque instant ...
PROFITER !!

Crédit photo : Bob. Une pensée particulière pour S. et S.

vendredi 24 avril 2015

Education sentimentale ...



"Est-ce que tu crois que tu pourras me rejoindre au stade vers 15h ?".
Le ton sur lequel il posait la question ne donnait pas envie de répondre autre chose qu'un grand "oui !".
Et pourtant j'avais peur.
Cette petite voix au fond de moi qui me disait d'être prudente, distante.
Après tout, il était quand même beaucoup plus vieux que moi.
Vraiment vraiment beaucoup plus vieux.
Tu te rends compte, seize ans !
Alors que je n'en avais que treize ...
Je ne peux même pas te dire que je ne comprenais pas ce qui avait pu l'attirer en moi ... car en réalité je n'avais toujours pas compris que je l'attirais.
Oui je voyais bien qu'il me souriait.
Qu'il prenait toujours le temps de me saluer.
De bavarder.
De plaisanter.
Mais c'était ce seul domaine que je croyais un tant soit peu maîtriser.
Les blagues.
Les vannes.
Pour tout le reste, j'étais d'une désarmante nullité, d'une absolue naïveté.
Comment aurais-je pu m'imaginer seulement qu'il me portait un quelconque intérêt ?
J'avais 13 ans et j'étais une sorte de grande tige plate et laide.
Dents de travers, cou de girafe, cannes de serin.
Coupe de cheveux improbable, sweats informes destinés à cacher une puberté qui tardait à s'imposer.
Franchement, comment voulais tu que j'imagine que ce grand jeune homme de 16 ans, presque barbu déjà, au sourire carnassier, pourrait poser seulement les yeux sur le vilain petit canard que j'étais ?
Alors j'ai répondu un grand "oui !", mais sans aucune arrière pensée.
Un peu avant 15h, j'ai prévenu ma mère que je sortais.
Le stade était juste derrière la maison, grillage contre grillage, j'avais le droit de m'y rendre sans adulte déjà.
J'ai marché tranquillement, mon walkman sur les oreilles.
Renaud à fond, Mistral Gagnant.
J'avais même le bandana rouge au poignet.
Question de génération sans doute.
Cette musique, comme tant d'autres, qui me donnait chaque fois l'impression de voler, l'envie d'être enlacée, protégée, aimée ...
Le temps de m'assoir sur un banc 5 minutes avec mon idole, et j'étais arrivée.
Stéphane n'était pas là.
Pas encore en tous cas.
Je me suis assise dans l'herbe, au bord du terrain de tennis défraîchi, et j'ai attendu.
Quinze minutes plus tard, il est arrivé.
Tu n'aurais peut être aperçu qu'un grand ado dégingandé et boutonneux si tu l'avais croisé.
Moi j'ai vu un presqu'homme.
Grand, beau, avec ce sourire narquois qui lui mangeait le visage et me faisait chavirer.
Je me suis levée d'un bond.
Un bond aussi important que la chute que venait de faire mon coeur, au fond de mon ventre.
J'avais un peu la trouille quand même.
Chaque fois que j'étais seule avec lui, je me sentais nerveuse.
Mais cette fois ci, c'était encore pire.
Je m'étais machinalement adossée au muret qui bordait le terrain, lorsqu'il s'est approché.
Il marchait comme un chat, pas mesurés, mains dans les poches.
Il avait ce perpétuel sourire, mi-ange, mi-démon.
Moqueur.
C'était un beau merle moqueur ce mec.
Et moi je riais bêtement à ses moqueries, même quand elles m'étaient destinées.
Pas de filtre.
Pas de maîtrise.
Pas de recul.
J'étais envoûtée.
J'étais amoureuse il faut bien se l'avouer ...
Amoureuse transie de ce grand échalas qui, je le sentais bien, ne serait jamais pour moi.
Histoire sans espoir.
Juste bonne à rêver.
Il était pourtant là, bien réel, je le voyais inéluctablement s'avancer.
Il s'est approché de moi doucement et a tendu la main vers mon visage.
Il a écarté une mèche de cheveux et l'a délicatement déposée derrière mon oreille.
Le sourire un peu moins assuré, il a murmuré un léger "Salut", et puis s'est tu, l'air un peu gêné.
J'étais pétrifiée.
Mon coeur battait la chamade, mes mains étaient moites, mes jambes tremblaient.
Je n'avais jamais vu son visage d'aussi près, ses yeux soudain m'ont dévorée.
J'étais envahie par la peur, par le doute, par les questions.
Par l'envie aussi.
L'envie de croire que peut-être je lui plaisais.
L'envie de grandir, de laisser un peu l'enfance derrière moi.
L'envie de savoir "ce que ça faisait".
Ce moment de ma vie a duré deux minutes, mais il m'a paru une éternité.
Alors que je baissais les yeux, incapable de supporter plus longtemps son regard appuyé, il a relevé mon menton.
Sa main ne s'est ensuite pas retirée.
Elle a glissé avec une infinie douceur sur ma joue, qu'elle a caressée.
Avec une tendresse et une chaleur que je n'aurais pas pu imaginer.
La même chaleur que celle qui envahissait mon ventre tout à coup.
Il s'est encore approché, tout près, si près ...
Et tout doucement, très lentement ... il m'a offert mon tout premier baiser.

Crédit photo : Bob, avec la lumineuse I.

jeudi 23 avril 2015

Ouvrir les portes en grand, faire sauter les verrous ... et assumer les conséquences.



Une amie proche, une amie chère, m'a dit récemment que la lecture de mes textes était pour elle source d'inquiétude.
Que mes états d'âmes, en tous cas les plus sombres, lui faisaient un peu peur.
Qu'elle avait eu soudain le sentiment, en découvrant ce blog, que j'allais mal.
Elle était étonnée autant que perplexe.
Jusqu'alors, elle avait pensé que j'allais tout le temps bien.
Que j'étais toujours gaie.
Un vrai pinson c'est vrai, c'est ce que je montrais.
Un clown même.
En surface c'était vrai.
(En profondeur aussi quand j'y pense, car il est des clowns tristes qu'il fait bon éviter certains soirs de déprime où leur coeur pourrait déborder ...)
J'ai longtemps été cela.
Une surface rassurante, un sourire de façade, un rôle très bien rôdé.
Et puis un jour j'ai su.
Qu'il fallait s'échapper, de ce rôle, de ce masque trop serré.
Alors j'ai ouvert ma porte.
Mes yeux.
Mon coeur.
Et surtout, ma bouche.
J'ai ouvert ce lieu.
J'ai commencé à déverser.
Et déverser.
Et déverser.
Et si tu savais comme je me sens mieux !
Si tu savais combien ça m'a soulagée !
D'avoir cet espace là, un peu à l'abri, un peu secret ...
Mais ouvert quand même, pour pouvoir échanger ...
J'ai commencé à parler.
De mes souvenirs tristes ou gais.
De mes humeurs joyeuses ou sombres.
De mes angoisses cohérentes ou folles.
De mon histoire.
De moi.
Voyage au centre de ma terre.
Voyage au coeur de mes secrets.
Le lien du blog a fait son voyage.
Hors de mon contrôle.
Sans que je l'y ait poussé.
Certains ont lu ce qu'ils auraient préféré ignorer.
Certains ont même pris plaisir à me juger.
Tant mieux, tant pis, cela leur appartient, ça n'est pas de mon fait.
D'autres ont découvert une part de moi jusqu'alors cachée.
Une part qui les a interloqués, interrogés, intéressés.
Qui les a séduits parfois.
Qui leur a donné envie de mieux me rencontrer.
Qui les a émus, qui les a touchés.
Je ne sais pas qui vient me lire.
Je ne sais pas non plus pourquoi.
Je sais seulement ce que je fais.
Et que je viens, moi, écrire pour respirer.
Et que je ne pourrais plus revenir en arrière.
Ecrire est devenu une nourriture pour moi.
Un besoin quotidien.
Une drogue puissante je l'admets.
Mais je te rassure, une addiction qui me fait du bien.
Je me sens enfin vraie.
Je suis en route vers moi même.
Et je vais bien, ne t'en fais pas.

Ce texte est pour F., et C. et tous ceux et celles qui s'inquiètent pour moi et que j'embrasse, avec toute mon affection.

lundi 20 avril 2015

"Tu sais ce qui compte ? C'est l'amour ..."



C'était en fin de matinée.
Ou d'après midi peut être ?
Une fin de quelque chose en tous cas.
J'étais montée dans cette rame nonchalamment.
Se rendre à d'un point à un autre.
Prendre la bonne direction.
Changer de métro.
Changer de station.
Le ronron parisien et les gestes mécaniques.
Pas de bonjour.
Pas d'au revoir.
Pas d'échange, surtout pas d'échange on dirait.
Jusqu'à ce que je lève un peu le nez.
Et que je les vois.
Un couple d'une vingtaine d'années.
Seuls au milieu de cette rame pourtant bien remplie.
Lui endormi sur son épaule, à elle.
Il fait chaud.
Il a le front un peu moite.
La nuque aussi.
Il est assoupi sur cette épaule, et il a un très léger sourire aux lèvres.
Il est bien.
Apaisé.
Heureux.
Serein.
Chez lui.
Il a trouvé sa place.
C'est elle.
C'est elle sa place.
Celle qu'il cherchait sans le savoir peut être.
Elle, elle ne dort pas.
Elle a les yeux dans le vague.
Elle ne regarde personne.
Elle est perdue dans ses pensées et elle lui caresse délicatement la nuque.
Du bout du bout de ses doigts fins.
Petits cercles légers, répétitifs et tellement tendres.
Effleurer son amant.
Avec douceur.
Avec amour.
Avec tout l'amour du monde on dirait.
Ses doigts attrapent parfois au passage une petite mèche de cheveux frisottés qui parsèment le bas de son cou.
Elle est comme une île.
Une île nourricière.
Lui est totalement abandonné.
Je me fais cette remarque, intérieurement.
Il est totalement abandonné.
Mais qu'il est beau, qu'il est bon cet abandon là !
Ce lâcher prise absolu.
Cette absence de besoin de paraître.
Cette façon de juste être soi, avec l'autre, sans tricherie et sans faux semblants.
Ils ont trouvé.
Ils se sont trouvés.
Pour une nuit, pour une vie, je ne sais pas.
Eux non plus sans doute ...
Mais il y a autour d'eux cette aura, cette lumière magique.
Ils incarnent l'amour.
Ils incarnent la confiance.
Cette certitude que là, maintenant, à ce moment précis, plus rien d'autre ne compte que cette épaule sur laquelle se poser, et cette main qui caresse votre cou.
Je ne pourrais même pas vous dire s'ils étaient beaux ou pas.
Ils incarnaient l'amour c'est tout ce qu'il m'en reste.
Ce souvenir si doux.
Ce sourire attendri qui a envahi mon visage malgré moi.
Et celui de ma station ratée, à trop les observer ...

Crédit photo : inconnu ...



mardi 7 avril 2015

Se confronter à l'impuissance ...



Lorsque je me suis couchée ce soir là, après avoir très peu parlé toute la soirée, il semblait inquiet.
Il me connaît si bien.
Ce silence comme un aveu.
"Tu t'inquiètes ?".
Il me l'a demandé, doucement, tendrement.
Je n'ai rien répondu.
La boule était en train de se frayer un passage de mon ventre à ma gorge.
Comment la contrôler ?
Comment ne pas craquer ?
"Mais pourquoi tu t'inquiètes ?", a-t-il ajouté.
J'ai ouvert la bouche.
J'ai tenté de répondre.
Rien ne sortait.
Rien que mon souffle, en partie coupé.
Rien que ma difficulté soudain à inspirer, à expirer.
"Elle va bien tu sais".
"Elle a chopé ce virus, elle est couverte de boutons et c'est pénible, elle doit gérer cette merde, oui on va galérer, mais ce n'est rien de grave. Juste un virus, casse pieds mais anodin. Elle va bien tu sais. Ce n'est rien de grave, rien de grave tu m'entends ?".
Et toujours mon silence, opposé à cette foi.
Il a soupiré.
Marqué un temps d'arrêt.
Réfléchi avant de demander.
"Mais de quoi as tu peur en fait ? Ce n'est pas qu'elle ? Ce n'est pas vrai ?".
Cette fois ça y était.
Plus moyen de me dérober.
J'étais totalement acculée.
Cette question était celle qui allait tout déclencher.
Des larmes, silencieuses au départ.
Petites, fines, légèrement salées.
Roulant presque paisiblement sur mes joues dans la nuit.
Dans le noir, j'étais protégée, il ne pouvait les deviner.
Mais mon silence, malgré tout, me trahissait.
"Réponds moi Babeth ! De quoi tu as peur ?"
De quoi j'ai peur.
De quoi j'ai peur ?
De quoi j'ai peur ???
Mais tu crois peut être que je peux te le dire sans que tu me croies folle ?
Tu crois peut être que je peux l'avouer sans craindre de te perdre ?
J'ai peur qu'elle meurt !!!
Voilà de quoi j'ai peur.
Quand on est malade, on meurt.
Voilà la vérité.
Voilà ma vérité.
Celle de la petite fille à l'intérieur de moi.
Cette petite fille qui hurle, immobile dans la nuit.
Cette petite fille qui crie tout à coup dans ma tête.
J'ai peur qu'on me la prenne, comme on m'a pris ma mère.
J'ai peur que la vie soit une chienne, et qu'elle revienne me mettre des coups dans la gueule.
J'ai peur que mon bonheur ne puisse pas durer.
J'ai peur d'être si heureuse, peur qu'on revienne pour tout m'enlever ...
J'ai peur de la maladie, j'ai peur des médecins, j'ai peur des diagnostics et j'ai peur des soins.
J'ai peur des regards, j'ai peur de sa peine, j'ai peur de sa souffrance, j'ai peur de sa faiblesse.
J'ai peur qu'elle soit fragile mais aussi qu'elle soit forte.
J'ai peur d'être inutile.
J'ai peur de ne pas être à la hauteur.
J'ai peur de regarder ce que je ne veux pas voir.
J'ai peur de tout rater et d'être dans le brouillard.
J'ai peur quand vient la nuit.
Peur comme une petite fille.
Peur comme si les fantômes revenaient me hanter.
J'ai peur comme une prière, qui pourrait tout stopper.
J'ai peur au plus profond, plus profond de mon coeur.
J'ai peur à en crever.
J'ai peur même d'avoir peur.
Au fond je le sais bien.
Je sais ce qui me glace.
Ce qui me tue.
C'est lui.
C'est ce sentiment.
Ce sentiment atroce, qu'il m'a été donné trop souvent de vivre.
Il faut bien s'y frotter.
Il ne doit pas gagner.
Il ne va pas gagner.
Il me faut la contrer.
Il me faut l'affronter.
Cette putain d'impuissance.

Crédit photo : Bob