jeudi 30 juillet 2015

Hold on please, we are trying to connect you ...



C'était hier soir, à l'aéroport de Roissy Charles de Gaulle.
Il était 21h30, et je me dirigeais le coeur un peu lourd vers la voiture avec un morceau de famille.
Les 2/3 en fait.
Je venais de remettre le premier tiers dans un avion en direction de Munich.
Mon fils de 12 ans, qui partait rejoindre des copains pour un périple de 10 jours de camping car à travers l'Allemagne.
Un projet hyper chouette.
Mais j'avais le coeur gros.
Il était rentré par un autre avion à 16h le jour même, d'un séjour de 10 jours en Ariège.
J'avais donc eu quelques petites heures volées seulement, dans ces 3 semaines de séparation.
J'étais heureuse pour lui bien sûr, mais j'avais envie de le serrer encore un peu dans mes bras, de poser ma tête contre la sienne et de l'entendre ricaner comme un merveilleux ado qu'il était.
L'avion pour Munich a décollé, il fallait reprendre la voiture et rentrer, dans cet aéroport, plus rien ne nous attendait.
Je trainais les pieds derrière mon homme et ma fille, à moitié groggy, en direction du parking.
Ce n'est qu'une fois arrivée à la voiture que j'ai réalisé que nous avions plus d'une heure de route avant de rentrer chez nous.
Il fallait que je passe aux toilettes.
Oui, cette information a son importance.
J'ai donc planté tout le monde pour remonter à la surface et chercher le lieu dont j'avais tant besoin.
J'ai trouvé les toilettes.
Immenses, impersonnelles au possible, comme dans n'importe quel aéroport en fait.
Des rangées de portes fermées.
J'en ai ouverte une au hasard.
Mais y a-t-il un hasard ?
Je me suis déshabillée, et c'est alors que je l'ai vu.
Un objet, un petit objet rouge.
Posé sur le dévideur de papier.
Un téléphone portable.
Modèle démodé, basique, sans valeur.
Marchande en tous cas.
J'ai tout de suite pensé qu'il ne pouvait appartenir qu'à un vieux ou un très jeune en fait.
Je me suis demandée comment le retrouver.
Je suis ressortie des toilettes et j'ai réfléchi un court instant.
Il fallait fouiller, pas d'autre solution.
Alors j'ai consulté le répertoire, le journal d'appels, tout ce que j'ai trouvé.
J'ai fini par me décider à appeler le dernier numéro composé, un appel émis par le propriétaire du téléphone à peine 15 minutes plus tôt.
Je suis tombée sur une dame âgée, qui au début n'a pas compris qui j'étais.
J'ai expliqué, les toilettes, le téléphone oublié, la recherche de la propriétaire, l'absence d'indices et le besoin de faire vite car ma petite tribu allait s'impatienter ...
Elle m'a donné un nom.
Chantal X.
Et m'a expliqué que cette dame allait être tellement heureuse qu'on lui ait retrouvé cet objet, car elle avait déjà des problèmes ce soir, avec l'avion de sa petite fille qui devait arriver de Rome et était retardé ...
J'ai un peu coupé court, le temps pressait si je voulais la retrouver avant qu'elle ne quitte l'aéroport.
J'ai dit à la dame que j'allais tenter de faire appeler Chantal X par les Hôtesses d'accueil pour qu'elle vienne récupérer l'objet.
J'ai avancé le long du large couloir.
Mais pas d'hôtesse, pas d'accueil.
Rien à cet étage là que des taxi.
J'étais à la sortie.
Il fallait remonter à la surface pour retrouver les stands des compagnies aériennes.
Et donc rebrousser chemin, pour retrouver l'ascenseur qui m'y amèrnerait.
Sur mon trajet, j'ai perçu un groupe de gens qui attendaient, de l'autre côté des tapis roulants déversant les bagages de la soute.
J'ai levé les yeux vers un écran.
Et j'ai lu : "Arrivées : Rome".
Je me suis arrêtée net.
J'ai regardé autour de moi.
Pas de personne âgée.
Ah si, deux femmes en train de discuter.
Je leur ai demandé : "L'une d'entre vous serait-elle Chantal X ?".
Elle m'ont répondu non.
J'ai donc poursuivi mon chemin, en me disant que la seule chose à faire restait de déposer la chose à un stand d'accueil, en les laissant s'en débrouiller.
Tant pis, j'avais tenté, j'avais fait ma part.
Colibri for ever en somme ...
Le reste n'était plus entre mes mains.
J'en étais là de ma réflexion et l'ascenseur était en vue, lorsque je me suis arrêtée pour observer.
Au milieu de ce grand couloir froid et quasiment vide, une petite dame frêle d'un certain âge, chignon et jupe longue, air un peu affolé, venait d'arrêter un homme de ménage sur sa machine énorme, et parlementait avec lui.
Je la voyais tendue, stressée.
Lui secouait la tête de droite à gauche, l'air navré et un peu pressé d'en finir malgré tout.
Je me suis approchée, je lui ai fait mon plus beau sourire et j'ai dit : "Vous ne seriez pas Chantal X par hasard ?".
Elle m'a regardée, interdite.
"Oui", a-t-elle répondu interloquée.
Tandis qu'elle me fixait sans comprendre, j'ai soulevé ma main droite, celle qui tenait son précieux, celle qui portait le petit objet rouge qu'évidemment elle cherchait depuis une heure désespérément ...
Et là ...
J'aurais aimé prendre en photo son visage.
J'aurais aimé garder un cliché de cet moment.
Le fermeture cédant à la joie.
L'inquiétude laissant place à l'immense soulagement.
La main portée à la bouche, pour contenir le trop plein d'émotion.
La voix qui a commencé à se casser, à chevroter.
Et les yeux qui se sont emplis de larmes.
Je l'ai prise dans mes bras.
Je l'ai embrassée.
Elle m'a remerciée une fois, deux fois, mille fois.
Elle était tellement, tellement soulagée.
Elle venait chercher sa petite fille mais l'avion était retardé.
Elle avait laissé seul à la maison son mari handicapé.
Elle n'avait plus rien pour joindre ou prévenir personne, ni le téléphone, ni les numéros des voisins ou amis à appeler surtout.
Elle m'a dit que ma famille avait de la chance, beaucoup de chance de m'avoir.
A mon tour j'ai senti mes yeux s'embuer.
Je l'ai embrassée encore une fois, puis je lui ai dit que je devais filer, que ma petite tribu m'attendait.
Et je suis repartie vers l'ascenseur.
Direction le sous sol, le parking.
Niveau -1, descendre, s'enfoncer dans l'allée glauque et éclairée de lumière artificielle.
Inspirer dans cet air saturé de particules d'essence.
Et puis, surtout, me sentir soulagée.
J'avais de nouveau le coeur léger.
On reçoit tellement, tellement lorsque l'on donne sans calculer.
J'ai pensé à mon fils, qui volait vers l'Allemagne.
J'ai pensé à toutes les belles aventures que la vie allait lui présenter.
J'ai pensé qu'il n'y avait pas de hasard.
Et je me suis dit que j'avais une chance folle.
Où que je sois, c'était désormais l'amour qui me guidait.

mardi 28 juillet 2015

En équilibre ...




D'habitude, lorsque je dis que je vis en équilibre, en fait je veux dire le contraire.
Enfin pas tout à fait le contraire.
Je veux juste dire qu'en réalité, je tente tant bien que mal de garder l'équilibre.
Ce qui voudrait dire en fait que je suis ... en déséquilibre !
Trop de vagues, trop de bleus à l'âme.
Ce sentiment de ne pas vraiment être à ma place.
Mais depuis quelque temps, il y a eu du changement.
Du grand changement.
Je me sens en équilibre.
Mais vraiment en équilibre.
Pas en train d'essayer de ne pas tomber, non.
Je suis debout, et j'évolue en tendant fort les bras, en levant haut les jambes, en sentant le vent dans mes cheveux ...
J'avance enfin en liberté.
J'apprends enfin la légèreté.
Il y a toujours des hauts et des bas.
Il y a toujours des trucs un peu moches et des gens pas super sympas.
Mais ça ne provoque plus en moi les mêmes ravages.
Ca ne bouscule plus à tous les étages.
Ca tangue un peu, ça gêne aux entournures, ça fait même vraiment chier parfois.
Mais ça ne m'atteint plus aussi profondément.
J'ai l'impression (oh j'ai peur de l'écrire tant j'ai peur que ça file !) j'ai l'impression de rajeunir.
De reconnecter avec l'enfant en moi.
De ne plus avoir ces plaies béantes à ras du coeur, au bord des lèvres.
J'ai l'impression que ça guérit, intensément, profondément.
J'ai l'impression que mon passé de grande brûlée de la vie est derrière moi.
J'ai des cicatrices.
Mais je les trouve belles.
Elles me donnent l'envie de profiter du reste, de tout le reste, de tout ce qu'il me reste à vivre.
Elles me donnent aussi du relief, de la profondeur, un visage et une âme un peu différents.
Elles me donnent une histoire, un passé, un présent.
Et je tends mes bras, je tends la jambe, je vacille mais j'en ris, je respire profondément.
Je vis.
Je vis.
Je vis.
Tout simplement.
Si simplement ?
J'ai du mal à y croire.
Tout est presque pareil.
Mais tout est différent.
On a changé le filtre.
J'ai mis des lunettes roses.
Je me surprends parfois à me sentir gamine.
C'est drôle, moi qui ai toujours eu, enfant, ce sentiment d'être très vieille.
Ma vie est à l'envers : je me sens jeune maintenant.
J'ai enfin pris conscience, j'ai enfin pris confiance.
Je me suis recentrée.
Je me suis rencontrée.
Je me suis réconfortée.
Ce reflet de moi même, mon ombre dans l'étang, toutes deux en équilibre, toutes deux ancrées dans le sol, sur un pied mais ancrées ...
Toute cette vie devant moi ...
Amour et liberté.
Il n'y a plus qu'à voler !

dimanche 26 juillet 2015

Familia jacta est ...



J'ai depuis de longues années un vrai problème avec la notion de famille.
Sans doute parce que la mienne est partie en vrille.
Trop vite.
Trop tôt.
Je me suis crashée en plein vol avant d'avoir eu 18 ans.
Plus de mère, un père dans son monde, je ne te refais pas l'histoire.
Pas vraiment de soutien pendant les années noires qui ont suivi.
Pas assez en tous cas.
Pas selon mes besoins.
Sans jugement, ce constat.
On n'est indispensable à personne quand on a perdu ses parents.
Je ne m'en plains pas.
Je te le dis, c'est tout.
On peut fêter Noël sans toi, les anniversaires des enfants ou des petits enfants sans toi.
On ne déplacera pas une date, une idée, une montagne juste pour toi.
On t'aime, oui, profondément.
C'est vrai.
Je ne le discute pas.
Mais ce n'est pas pareil.
Ce ne sera plus jamais pareil.
Mon dernier "vrai" Noël a eu lieu avant mes 18 ans.
Après, il n'y a eu que des ersatz ...
Ma mère partie.
Mon père qui s'en foutait.
C'était moyen la joie.
Avec le temps, avec les coups durs et les coups bas, il y a pourtant au autre chose.
Il y a eu des cadeaux.
Des petites pépites posées sur ma route.
Des jeunes filles qui se sont pris des claques, comme moi, mais pas les mêmes que moi.
Qui sont devenues des femmes, des femmes que j'admire, des femmes que la vie n'a pas épargnées, des femmes que la vie écorche encore à tours de bras.
Il y a eu des partages.
Immenses, intenses.
De ma douleur lorsque j'avais 15 ans.
Des leurs aussi, au fil de la vie, au fil du temps.
Il y a eu une naissance, la première, qui a tout fait basculer dans un immense trou noir.
Il y en a eu une autre qui a fait tanguer le navire.
Puis d'autres encore, et des mariages, des enterrements, comme dans le film, comme dans la vraie vie quoi ...
Il y a eu les coups de gueule, les incompréhensions, les fâcheries.
Il y a eu les coups de fil, les embrassades, le soulagement de les savoir là.
Il y a eu quelque chose de fort, de très fort, qui s'est installé petit à petit entre ces trois là.
Et puis un jour, il y a eu cette demande.
Cette demande de revanche.
Sur la vie.
Qui te donne et te reprend.
Qui t'éblouit et qui' t'écrase.
Qui te rend forte et fragile à la fois.
Je ne sais même plus laquelle des trois est à l'origine de tout cela.
Et peu importe au fond.
Mais c'est important, extrêmement important pour moi.
Ces deux femmes sont mes soeurs aujourd'hui.
Soeurs adoptives, mais pas seulement soeurs de coeur.
Il y a eu un serment, comme les enfants.
Soeurs de sang au fond ...
Il y eu cette promesse.
"Je serai toujours là".
Et ce bracelet, qui ne quitte plus ces trois poignets là.
"Sisters".
Ce mot gravé sur un petit trèfle d'argent encordé.
Tout l'or du monde dans ce petit bout de métal.
Elles sont là.
Elles étaient là.
Elles seront là.
Elles ont connu mes descentes aux enfers.
Elles ont partagés les éboulements avec moi.
Ramassé mon corps et mon coeur meurtris plus d'une fois.
Elles ont connu ma mère, mon père.
Elles ont eu accès à cette vie que je cachais autrefois.
Elles me connaissent presque comme je me connais moi.
Puis j'ai tenu leur main quand leur monde s'écroulait.
Je les ai mille fois serrées dans mes bras.
J'ai tenté d'être forte, aimante, solide pendant leurs propres drames.
Je sais qu'elles feraient tout pour moi.
Elles savent aussi.
Qu'elles peuvent tout me demander.
Tout.
Je suis prête à tout donner, à tout tenter, à tout taire, à tout accepter de ces deux là.
Je crois que j'ai enfin compris que la famille n'était pas forcément celle du sang pour moi.
Et que je suis bénie.
J'ai deux soeurs.
Et je les aime.
J'avais très envie de l'écrire.
De poser ici l'émotion d'avoir cette famille là.
Par ce que j'ai de la chance, vraiment, beaucoup de chance de les avoir.



dimanche 28 juin 2015




"Et si tu étais la femme de cette chanson Bob ?"
"Laquelle mon pote ?"
"Celle ci : https://www.youtube.com/watch?v=xcv0EN3TMZ0"
"..."
"Si t'étais cette femme, qu'est ce que tu lui répondrais ?"
"Ca, je lui répondrais ça mon pote ..."

J’te comprends pas
Ta haine de soi
Ta haine de toi
J’t’e comprends pas
Mais moi je suis là
Pourquoi tu cries ?
Pourquoi tu t’barres ?
Pourquoi t’aboies comme un clébard ?
J’suis pas une fille si bien non plus
J’ai plutôt fréquenté la rue
Derrière moi des souvenirs qui puent
Des claques dans la gueule comme on n’en veut plus
Mais pourquoi j’m’attache pas à un gars un peu sympa ?
Mais pourquoi j’craque toujours pour des mecs comme toi ?
J’me sens paumée
Je voudrais t’aider
Je voudrais surtout
Que tu puisses m’aimer
Parce que moi aussi
Je hurle la nuit
A cet abandon
Qui m’colle des frissons
A cette solitude
A ces peurs absurdes
Je sens qu’elle est là
La toute petite fille
Qu’elle murmure tout bas
Des formules magiques
Pour les éloigner
Les papas méchants
Les tontons pas clairs
Les claques des mamans
J’peux t’dire qu’elle a peur
Qu’elle a fui l’horreur
Cette vie de misère
Sans un souffle d’air
J’peux t’dire qu’aujourd’hui
J’ai surtout envie
De vivre ma vie
D’être avec celui
Qui pourra m’aimer
Qui m’regardera
Pour qui je s’rai pas
Un cul ou un toit
Pour qui j’pourrais être
Et non plus paraître
Alors relève toi
Moi j’ai besoin d’toi
Te laisse pas couler
Te laisse pas aller
Oui on est des cris
Ecorchés d’la vie
Oui dans nos mémoires
Y a tout ce temps noir
Mais on peut lutter
On peut avancer
On peut se promettre
On peut se permettre
D’être là pour nous
De rester debout
Je n’partirai pas
Je veux rester là
Je veux que tu m’voies
Qu’tu m’serres dans tes bras
Même faibles et même maigres
Fuir nos vies trop aigres
Refuser le tiède
Relève toi enfin
Tiens plus fort ma main
On peut y arriver
Crois moi s’il te plaît
Je suis là pour toi
Je suis là, aime moi !



Crédit photo : Bob

dimanche 14 juin 2015

O Juin, unique objet de mon ressentiment !



Tu ne m'en voudras pas pour mon silence, je ne suis pas venue ici depuis des lustres te raconter mille et une choses drôles ou tristes, mille et une choses en tous cas toujours vraies, mais j'avoue que je suis un poil fatiguée.
Comme je le dis tous les ans (et on est nombreux à le verbaliser !), je crois que ce putain de mois de Juin aura ma peau !
Et honnêtement, on peut dire que 2015 n'aura pas dérogé à la règle édictée (mes relents de juriste tu les sens bien là hein ?!).
Que je t'explique le contexte de ma dernière semaine pour que tu puisses visualiser (Et comprendre ce que cette photo pourrie fait sur ton écran un lundi matin où tu n'es pas encore bien réveillé. Où tu es les yeux en trous de ... Où tu es donc trèèèèèèès fatigué. Je sais. Je suis pareille. Je cherche l'intraveineuse pour le café. Je compatis).
Bref, tu te souviens qu'il y a quelques années j'ai décidé de faire de la danse pour laisser parler mon corps (ou plutôt mon esprit créatif parce qu'il s'est vite avéré que mon corps était globalement sourd muet) ?
Hé bien cette année, j'ai voulu tenter l'expérience dont je rêvais depuis mes 12 ans à peu près : le théâtre !
J'étais depuis 2 ans sur liste d'attente pour intégrer cette troupe dans le village d'à côté.
Quand j'ai su que je n'étais pas prise l'an dernier, j'en ai chialé (oui mais tu sais bien que je suis un peu émotive).
Quand j'ai su que j'étais prise cette année, j'en ai chialé (oui mais tu sais bien que je suis un peu émotive hahahaaa).
On a passé l'année à travailler, pour monter une pièce intitulée "La visite de la vielle dame" de Friedrich Dürrenmatt.
Bon moi je rêvais plutôt de Molière mais je me suis adaptée (juste pour rire, va voir le pitch et on en reparle après ;)).
Bref, on monte la pièce, le metteur en scène distribue les rôles, on répète, on répète, on travaille, on travaille, pendant des semaines, pendant presque toute l'année.
Et là, là, pour la première fois depuis la création des ateliers adultes, la machine comme à dérailler.
On avait déjà eu une petite alerte avec une jeune femme qui avait abandonné après deux mois de cours, obligeant à une redistribution des textes relativement soft et parfaitement contrôlée.
Mais c'est ensuite que ça a commencé à déconner ...
Deux mois avant la représentation, la femme qui tenait le rôle principal a un gros pépin de santé.
Si ce n'était pas grave, je crois qu'on ne pourrait pas s'empêcher d'en rire : elle est subitement devenue sourde.
Comme ça.
D'un coup.
C'est vrai que pour jouer une pièce de théâtre, la surdité est un handicap assez significatif ...
Il restait deux mois avant la représentation, la pièce dure environ 1h30, le rôle principal venait donc de sauter.
Voilà.
Un joli merdier.
Qu'à cela ne tienne, une femme de la troupe, dont je salue ici le mérite et la ténacité, décide de reprendre ce rôle !
Du coup, les personnages qu'elle devait jouer initialement sont redistribués.
Le metteur en scène, un saint homme vu ce qu'il a continué à supporter, refait des adaptations pour que tout passe malgré les modifications et les blocages liés au manque de personnes sur scène dans certains passages.
Un mois avant la représentation, on a bien avancé !
Il nous manque juste (oui juste, une paille, un rien, un insignifiant petit listing de quelques menues broutilles), il nous manque juste disais-je, à peu près l'intégralité des accessoires, une bonne partie des déplacements et des costumes ; et le texte, au demeurant, n'est pas encore parfaitement maîtrisé (en tous cas en ce qui me concerne).
"On est larges" comme dirait l'autre !
Mais on avait repris confiance, on y croyait, on s'y croyait.
Et puis deux drames sont arrivés.
Coup sur coup, le metteur en scène, et celle qui avait courageusement repris le flambeau, ont perdu une personne très proche de leur entourage.
Pas de quoi non plus rire, devant une telle succession de deuils, on était sincèrement tous effondrés.
Malgré ça, malgré tout, ils ont trouvé en eux la force de vouloir continuer.
Je dois avouer qu'ils m'ont littéralement bluffée.
En dépit de toute cette adversité, on avait donc décidé de jouer.
Jouer, coûte que coûte.
Show must go on comme on dit.
La semaine précédant la représentation, on a répété tous les soirs jusqu'à presque minuit, pour être prêts.
Ca ne m'aurait pas dérangée, si ce n'avait pas été également la semaine où je commençais à passer mes épreuves de CAP Métiers de la Mode pour valider la reconversion dont tu as déjà entendu parler.
Le vendredi matin, jour de la première (et unique d'ailleurs) représentation, j'avais une épreuve gentiment dénommée "Analyse et exploitation des données", qui se déroulait à Vitry sur Seine, de 14h à 17h.
Le soir, tout le monde devait se retrouver au théâtre, près de Melun, vers 19h pour tout préparer.
Représentation prévue vers 21h30, après un premier groupe d'ateliers.
Mon "épreuve" a bien porté son nom, j'ai intellectuellement et émotionnellement ramé, j'étais en stress, je perdais un peu mes moyens, je ne comprenais pas vraiment tout dans ce sujet.
Je suis sortie un peu groggy, mais bien décidée à me dépêcher de rentrer car j'avais au bas mot 1h30 de trajet à enquiller pour rejoindre mes camarades troupiers.
Sur le quai du RER C, je reçois un SMS d'une copine qui passait, dans un autre centre d'examen, le même CAP.
"Alors, tu as aimé l'alerte sujet 30 mn avant la fin de l'épreuve toi ?".
Blanc.
Je n'ai pas compris.
Je l'ai donc appelée.
Et j'ai découvert qu'il y avait des erreurs et des lacunes dans le sujet.
Que certains candidats avaient alerté les examinateurs.
Que tout cela était remonté très haut.
Et qu'une alerte avait donc été donnée pour apporter aux candidats des explications complémentaires, et du temps supplémentaire pour pouvoir répondre correctement à ce sujet mal ficelé.
Tous les centres d'examen.
Sauf le mien !
Evidemment.
"C'est ballot !" comme aurait dit Fabrice quand le montant de la valise RTL venait de t'échapper ...
Surtout, ne pas s'énerver, surtout ne pas y penser, il fallait se focaliser maintenant sur la soirée, la couture attendrait.
J'en étais donc là, à me sentir un peu chat noir sur les bords, quand mon RER est entré Gare de Lyon et que je suis sortie en speedant pour attraper le train de 18h08, qui me garantissait un retard raisonnable mais encore gérable il est vrai.
Lorsque je suis arrivée sur les voies à lettres, il y avait plusieurs trains pour ma destination.
Avec un retard annoncé de 20 minutes environ.
Je suis montée dans l'un d'eux en me concentrant sur mes textes, que je répétais dans ma tête pour essayer de ne pas trop flipper à l'idée de monter sur scène le soir même.
Parce que oui, j'ai oublié de te le préciser, j'avais plusieurs rôles moi en fait.
Que des petits rôles, mais plusieurs.
Un arbre qui parle, un mec qui fume des clopes en regardant passer les trains, un aveugle eunuque et une commère qui achète du lait et du chocolat.
Oui, tu peux rigoler, je sais que je ne suis pas encore rendue à Broadway ;) !
Anybref comme dirait Roca, j'étais donc dans le 18h08, et il était 18h02.
Il faisait une chaleur de gueux, le wagon était blindé et j'avais juste posé un demi-cul sur un bord de fenêtre, mais j'étais dedans, j'étais entrée.
Joie.
C'était à peu près parfait.
Jusqu'à ce que je commence à écouter les gens autour de moi.
"Il ne va pas partir".
"J'ai vu sur le site".
"Tout est bloqué".
"Non ça va jamais démarrer".
"Il y a 4 autres trains pour la même destination qui sont comme nous à quai".
Et puis, comme pour me crucifier : "Haaaaaan, le site annonce que rien ne pourra bouger avant 21h au plus tôt".
Ah.
Merde.
Bon évidemment, aucune info dans le train ou sur le quai hein, juste des infos qui circulaient tant bien que mal, de passager dans la merde à passager au bord de la crise de nerfs ...
Mais quand même, sans vouloir s'affoler, ça commençait à puer sérieusement.
J'appelle un voisin qui bosse pour la SNCF et je lui demande s'il peut se renseigner et m'en dire un peu plus.
Quelques minutes plus tard, il me confirme ce que je craignais : plus de trains pour la soirée.
Pas de train, pas de scène.
Je commence à me sentir, comment dirais-je, un peu fatiguée de cette journée.
Je reçois des sms de copines en galère aussi, je décide de les retrouver.
Peut être qu'elles auront une idée ?
Peut être qu'on pourrait prendre un taxi pour rentrer toutes chez nous ?
C'est seulement 50 kms depuis Paris, avec nos 4 PEL on devrait pouvoir le payer !
Je tente tout ça, mais l'une d'entre elle me ramène les pieds sur terre : l'A6, un vendredi soir à 19h ?? C'est évidemment complètement bouché ...
En voiture, taxi, ou n'importe quoi d'autre qui emprunte la route, c'est mort.
J'appelle le metteur en scène qui me dit que si je ne suis pas là, personne ne pourra jouer.
Evidemment.
Je le sais.
Mais que faire ...
Cette pièce est décidément maudite, ou alors c'est moi, je commence à me le demander !
Pendant une heure, au téléphone, j'ai tout tenté : les copains qui bossent sur Paris qui rentreraient en bagnole par un chemin secret et non embouteillé, les trajets parallèles en RER qui n'étaient pas fermés, tout.
J'ai fini par trouver une option un peu dingue : prendre un RER jusqu'à Combs la Ville et, là bas, me faire récupérer.
Je suis partie en courant vers le quai souterrain, laissant mes copines attablées à une terrasse avec une bonne bière fraîche (franchement il en fallait de la volonté !).
Dans ce RER, je tente de retrouver un autre pote du théâtre qui était comme moi coincé.
C'est son fils qui devait venir nous chercher à Combs la Ville pour espérer arriver avant 21h au théâtre dans lequel on jouait.
Dans le souterrain, deux quais, deux RER, pas d'indications évidemment.
Mon pote impossible à joindre.
Je monte dans l'un, les portes se ferment, plus rien à faire qu'à prier.
Si je ne suis pas dans le bon, c'est foutu.
Les gares défilent et me voilà rassurée : nous sommes dans la bonne direction.
On va y arriver !
Lorsque je sors à Combs la ville, pleine d'espoir, je déchante un peu il est vrai.
La photo.
Celle du départ de ce post.
Voilà en gros à quoi ça ressemblait, notre sortie de train.
2000 personnes sur un seul quai, en travaux qui plus est.
Comment retrouver mon pote ???
Qui ne répond pas au téléphone, évidemment.
Après avoir piétiné tout mon saoul, j'atteins le bas d'un escalier.
Deux sorties.
Et meeerde.
J'en prends une, celle qui mène vers la gare centrale.
Et je sors, avec l'impression d'être au stade de France après un concert de Johnny Hallyday.
Des manchots empereurs.
Des sardines en boîte.
Enfin tu visualises quoi ...
Au bout de quelques minutes, je parviens enfin à localiser mon pote, qui bien sûr est de l'autre côté.
Il est 20h40.
Je me dis que son fils est arrivé et qu'on n'a plus que 40 minutes de bagnole avant d'arriver, ça va passer, ça va passer.
Lorsque je le rejoins, je crois que je pourrais en pleurer.
Non, son fils n'est pas là. Il est coincé dans les bouchons, pas encore arrivé, injoignable qui plus est, et d'ailleurs il doit aussi ramener d'autres potes qui ne sont pas encore géolocalisés.
C'est mort !
Enragée comme un pitbull affamé, je décide de nous faire avancer, pour sortir de la foule.
Il y a autant de voitures que de piétons, ils ont même envoyé les flics pour tenter de remettre la circulation en place, un merdier comme jamais.
On finit par courir au milieu des ronds points, par chercher, par trouver, on a la voiture, on a les potes, putain on va peut être arriver avant 21h30 j'y crois pas c'est pas vrai ?
On constate qu'on est 6 pour une bagnole de 5.
Tant pis.
On s'entasse.
On démarre.
J'ai envie de hurler au chauffeur d'écraser le champignon mais je me retiens (et de toutes façons on peut pas rouler à plus de 30 à l'heure pour le moment, tout le rond point est encombré).
Sur ce rond point d'ailleurs, deux flics.
Dont l'un constate que nous sommes un peu tassés.
Il fait tellement chaud qu'on roule les fenêtres ouvertes, et vu notre vitesse d'escargots, il a le temps de nous choper.
"Vous faites le tour du rond point et vous revenez me voir c'est pas réglementaire je ne vous laisse pas circuler !".
Honnêtement, j'ai cru que j'allais sortir pour le buter.
Au lieu de ça, j'ai crié à son collègue "Monsieur dites lui de nous laisser partir s'il vous plaît !".
Et on a pu passer, avec un gentil "Si vous crevez dans 10 kms faudra pas venir vous plaindre je vous aurai prévenus du danger !".
Oui, merci, merci beaucoup Monsieur l'Agent, on aura eu tes conseils faciles et tes bonnes ondes mais là ON DOIT ROULER BORDEL !!!!!
Le fils de mon pote a conduit à merveille, vite mais pas trop, on a foncé, gentiment mais sûrement, et contre toute attente, il nous a droppés à 21h27 devant le théâtre.
On est entrés comme des balles, juste le temps d'aller pisser.
(la réalité, la vraie, quand ça fait trois heures que tu es coincée dans différents transports et que tu sais qu'ensuite tu es bloquée 1h30 sur scène, c'est qu'il FAUT aller pisser).
Comme un miracle, comme une illumination, comme un jouet le soir de Noël, on a réalisé.
On était sur scène à 21h35.
On y était !
Bon, sachant que je changeais 7 fois de costume, et que je n'avais rien installé en coulisses.
Cours encore un peu Petit Scarabée, cours !
Histoire de nous achever, le metteur en scène a lancé la musique de départ sans nous faire signe, sans présenter la pièce.
Pour qu'on soit dans l'immédiat, dans la réalité.
Oh pute borgne on y était bien là dans la réalité : j'étais encore en train d'enfiler mes godasses quand j'ai vu une de mes copines entrer sur scène.
J'ai à peine eu le temps de comprendre, je me suis précipitée.
Il faut que je te précise peut être que la première réplique, c'est moi qui la lançait ...
Hé bien je ne sais pas par quel miracle on a réussi, mais on a joué, on a même plutôt bien joué !
On n'a pas merdé ni nos textes, ni nos changements de décors, ou de costumes.
Et j'en ai retenu cette leçon que la vie me renvoie depuis que je suis née, comme à nous tous, comme un cadeau parfois un peu empoisonné ...
IL NE FAUT JAMAIS, JAMAIS, JAMAIS RIEN LACHER !!
Parce que si tu t'accroches, si tu t'accroches vraiment, il reste toujours une petite chance que ça passe et que tu obtiennes ce que tu désirais ...
Sur ce je te laisse, je file réviser pour les dernières épreuves du CAP, pense à moi et envoie moi de bonnes ondes STP ;) !!!

mardi 19 mai 2015

Mais tu sais quoi ? On s'en relèvera !



C'était il y a environ deux ans maintenant.
Après presque 7 ans de bons et loyaux services comme on dit.
Après surtout des mois (voire des années) de supplice en vérité.
Travailler n'a jamais été le problème en fait.
Travailler dur même, quand il le fallait.
Non, le problème, c'était ELLE.
Celle pour qui je devais travailler.
Celle pour qui j'étais plus un cible qu'un bouclier pourtant.
Elle, je crois qu'elle m'a à peu près tout fait.
Il y a eu les phrases cyniques.
Sur mes tenues, sur mon travail, sur ma famille, et même sur mes enfants.
Il y a eu des remarques vraiment blessantes ensuite, quand le cynisme ne lui suffisait plus.
Il y a eu les humiliations.
Il y a eu les cris plus tard.
Les recadrements musclés.
Dans son bureau, ou parfois dans le mien.
Devant mon équipe au besoin (SON besoin).
Il y a eu les mises à l'écart.
Les refus de confiance.
Les remises en question systématiques.
De mes capacités, de mes idées, de mes décisions.
De ma personnalité ensuite.
De ma façon d'être toute entière.
Au final, mais je ne l'ai compris que trop tard, il y a eu une remise en question de mon existence même.
Je la dérangeais.
Je ne sais pas pourquoi, et je ne le saurai probablement jamais.
Mais je la dérangeais, ça c'était certain.
J'essayais de comprendre, j'essayais de la satisfaire, de la rassurer.
Les mois passant, je m'étiolais.
J'ai pris sur moi, pris sur moi, pris sur moi.
J'ai utilisé ma capacité à encaisser, ma capacité à m'adapter, ma capacité à surmonter.
Mais je n'étais pas équipée.
La sensibilité ne connaît pas d'armure.
Je n'avais pas les bonnes armes pour me défendre, pas les bons outils pour lutter.
J'ai commencé à mal dormir.
J'ai commencé à être tendue, mal, stressée.
J'ai commencé à bosser plus.
Le jour, la soir, la nuit.
Pour tenter de lui montrer mes capacités.
Et puis, petit à petit, j'ai perdu la faculté de me concentrer.
J'étais là mais j'étais ailleurs.
J'étais perdue, j'étais nouée.
Aller au bureau commençait à m'angoisser.
Heureusement, il y avait ce contrat que j'avais négocié.
Trois jours de télétravail.
Une bénédiction pour moi, vu la femme pour qui je travaillais.
C'est ce qui m'a perdue, c'est aussi ce qui m'a sauvée.
Je n'aurais jamais tenu 7 ans en étant réellement à ses côtés.
Et puis il y a eu ce gros craquage un mois de juin où je m'étais écroulée.
Quinze jours entiers à pleurer.
Je ne comprenais pas ce qui m'arrivait.
Pas encore.
Une grosse fatigue tout au plus.
C'est ce que j'ai décidé, parce que le déni me tenait.
Je me suis retapée.
Et j'y suis retournée.
Six mois plus tard, le vernis a de nouveau craqué.
Les menaces commençaient à se faire plus précises.
Le licenciement était à demi mot évoqué.
La pression se resserrait.
Alors il y a eu ces semaines entières où j'ai décidé de tout tenter.
Tout pour faire entendre le climat qui régnait.
Tout pour faire comprendre que petit à petit elle allait nous étouffer.
Les DG, DRH, les DP, tous les sigles de la boîte y sont passés.
A toutes les portes, à tous les coeurs, partout j'ai tenté de frapper.
On ne m'a pas entendue, même si on m'a vaguement écoutée.
On a parfois même pris le parti de m'aider.
Ou du moins on a voulu tenter.
Et puis elle est passée par là.
A chaque fois.
Et évidemment, à chaque fois, elle a gagné.
On ne se bat pas contre la numéro deux de la boîte en espérant l'emporter, sauf si on est fou ou arriéré.
J'étais peut être un peu les deux ...
J'y ai cru un temps.
"Pour de vrai" comme disent les enfants.
Et puis j'ai vu tout le monde petit à petit me lâcher.
J'ai vu les derniers remparts s'effondrer.
A ce moment là, les recommandés ont commencé à affluer.
Les menaces de licenciement n'étaient plus si feutrées.
Je tentais de me défendre.
En bonne juriste, je rétorquais, je contrais, je tenais.
Avec les conseils précieux de quelques amis avisés.
Je luttais tant bien que mal.
Mais plus mal que bien il est vrai.
J'avais maigri.
J'avais le teint cireux, les cernes creusées.
L'étincelle dans mes yeux s'était peu à peu étouffée.
Jusqu'à cette fameuse semaine de janvier.
Où trois jours de suite, je suis rentrée du bureau en larmes.
Où trois jours de suite, j'ai lutté pour sortir de mon lit et y retourner.
Je voulais encore me battre, je voulais encore essayer.
Je croyais encore naïvement que je pourrais les convaincre qu'ils se trompaient.
Que j'étais un bon élément, une fille sérieuse, avec de bonnes idées.
Foutaises.
De tout cela, rien pour eux n'importait.
Ils voulaient juste ma tête.
Ma tête sur un plateau pour qu'Elle soit enfin comblée.
A la fin du troisième jour, mon homme s'est interposé.
Il m'a interdit d'y retourner.
Il m'a obligée à consulter.
Le médecin que j'ai vu m'a parlé de dépression, de médicaments, de me faire aider.
Me faire aider ?
Pour un simple problème de boulot ?
Je n'arrivais pas à l'admettre ni à l'encaisser.
J'ai refusé les médicaments.
Ou plutôt j'ai dit OK mais je ne les ai jamais avalés.
A bout de forces, j'ai obtempéré quand ma presque soeur m'a obligée à appeler un avocat qu'elle connaissait.
J'ai pris un rendez vous.
Mais je l'ai annulé.
Je n'arrivais plus à réfléchir, j'étais tellement perdue, tellement engluée ...
Heureusement, j'ai repris date avec cet homme, qui m'a littéralement sauvée.
En moins de trois mois, comme il me l'avait annoncé, il m'a sorti des griffes de cette entreprise, et de cette supérieure hiérarchique névrosée, de cette perverse narcissique désaxée.
J'avais préparé mon dossier, j'avais obtenu quelques preuves, quelques faits.
Mais ce qui m'a sauvée au fond je crois, c'est que tout le monde savait.
Et que si le DG ne voulait pas l'affronter, il ne supportait pas beaucoup mieux de me voir dépérir sous son nez.
La DRH m'avait de son côté bien expliqué. Cette femme avait une excuse, il me fallait l'accepter : "et oui, vous comprenez, dans sa vie, personne ne lui avait jamais rien refusé ! Personne ne lui avait appris la politesse, ou le respect. Alors de quel droit aujourd'hui je venais les lui demander ? Elle avait eu une enfance difficile, une enfance vraiment dure vous comprenez ? Mais oui, en fait, c'est difficile d'être trop gâtée !"
Ce jour là, par un miracle que je ne m'explique toujours pas, je n'ai pas répondu sur ce sujet.
Je n'ai pas joué la carte de "Viens je te raconte mon enfance aussi on va voir, au jeu du moins chanceux, qui va gagner" !
J'ai quelques cartes en mains, si tu me lis, tu le sais.
Mais j'ai tenu bon.
Ma bouche est restée fermée.
Lorsque l'avocat a entendu tout cela, il s'est décomposé.
Le mépris, les menaces, les brimades, il était habitué.
Mais la DRH qui te demande de te laisser maltraiter parce que ça soulage un tyran assumé, ça je crois que ça l'a quand même ébranlé.
Il m'a tirée de là, il m'a totalement drivée, il a pris les commandes et j'ai pu enfin me reposer sur quelqu'un qui gérait pour moi tout ce merdier.
Quelques semaines plus tard, c'était fini.
J'étais licenciée.
Rupture conventionnelle il est vrai.
Et le médecin, inquiet, m'avait suggéré d'aller consulter.
Pour faire mon deuil.
Pour me remettre.
Pour y retourner.
Pas dans cette boîte, non.
Mais dans une autre.
J'ai passé des heures à y penser, à y repenser.
Et j'ai refusé.
J'ai décidé de m'écouter.
De m'autoriser.
De me donner la liberté qui m'avait si souvent manqué.
J'étais une bonne juriste mais une juriste qui étouffait.
Dans un costume dans lequel je me sentais déguisée.
Mais pourquoi avoir choisi cette voie alors ?
Tu as raison de le demander.
Pourquoi la fac de droit ?
Parce que quand j'avais 17 ans, ma mère était déjà totalement paralysée.
Elle ne parlait plus, ne mangeait plus, une sonde nasogastrique l'alimentait.
Je changeais ses couches.
Je la soignais.
Je veillais sur elle comme sur un nouveau né.
Mêmes problématiques ironiquement quand j'y pensais.
Alors partir ?
Suivre mon chemin ?
Réaliser mes rêves ?
Et quoi, la laisser ???
Je ne pouvais même pas l'envisager.
Alors j'ai pris un parti : celui de rater mon bac.
Je n'ai rien appris, rien révisé.
Mais je l'ai eu quand même.
J'avais raté mon bac raté ...
Il ne me restait plus qu'une solution pour ne pas trop m'éloigner.
La fac de droit dans la ville d'à côté.
Les dés étaient jetés.
J'ai rempli le formulaire d'inscription après avoir eu mon bac début juillet.
Et ma mère est morte le 22 septembre de cette même année.
Juste avant la rentrée.
Je n'ai pas trouvé la moindre force en moi pour remettre en question les choix (même mauvais) que j'avais faits.
Et je suis devenue juriste.
Et j'ai même aimé apprendre le droit, puis l'enseigner.
J'ai aimé cette rhétorique, cette réflexion, cet esprit très "carré".
Jusqu'à ce licenciement.
Jusqu'à ce point de non retour en fait.
A ce moment là, assise sur mon canapé à me demander quoi faire de ma vie, j'ai enfin décidé.
J'ai décidé de décider.
Ca paraît facile, ça ne l'est pas tant que cela en fait.
Mais j'ai décidé d'entamer un nouveau chapitre de ma vie.
D'être dans la joie, dans l'envie, dans la créativité.
D'ouvrir les portes, les barrières, les volets.
De faire des photos, d'écrire, de chanter.
Et de coudre aussi.
Et de me former.
Ca fait deux ans maintenant que je mûris ce tout petit mais si joli projet.
Alors ce n'est pas sans une certaine émotion qu'aujourd'hui j'ai ouvert une petite page sur un réseau bien connu, et qu'enfin, enfin, je me suis lancée ...
Et ce n'est pas anodin si ce soir, j'ai eu envie de te le raconter ...

Crédit photo : Bob

samedi 16 mai 2015

Spring spirit !



Ca commence doucement.
Très doucement.
Au début, on peine d'ailleurs à percevoir le changement.
Car il est subtil c'est vrai.
Mais profond.
Et intense.
Il est là.
Il lui faut du temps pour s'imposer.
De la chaleur aussi.
De la lumière surtout.
Et un peu de force de vie.
L'écorce rêche et qui semblait abandonnée par tout espoir recommence à respirer.
La sève affleure, remonte, s'agite.
La vie renaît, s'impose, triomphe.
Et un à un, les tendres bourgeons apparaissent.
Ils sont le fruit d'une mécanique si bien rodée ...
Je les vois pousser et verdir chaque année.
Et c'est toujours la même émotion renouvelée.
Ils m'inspirent.
Une longue inspiration.
Une vraie respiration.
Ils portent en eux toute la beauté et l'espoir du monde.
Le printemps est la saison du changement.
Et cette année le symbole me convient je crois parfaitement.


Crédit photo : Bob